2013 GRAND REPORTAGE EN ITALIE

 BIJOU DESIGN, EN JEU DE LA MODERNITE ITALIENNE !

En Italie du Nord, il est facile de partir à la recherche du design. Architecture, mobilier, objets du quotidien et même bijoux, les traces sont multiples. Le bijou design au cœur de la modernité italienne, hier et aujourd’hui… Telle était notre quête, nous les 42 lycéens des classes terminales BMA dans cette expédition italienne ! Hier et aujourd’hui… Hier, dans les années 1980 quand le designer italien Ettore Sottsass fonde le groupe de Memphis et que les collections d’objets et de meubles design sont acclamées avec prestige à Milan… Aujourd’hui, inspirés de cette conception de la modernité, quand avec nos confrères lycéens bijoutiers italiens, nous nous engageons dans la création de bijoux en revisitant styles, couleurs et matériaux de ce groupe de designers.


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QUAND LE DESIGN MEMPHIS INSPIRE LES LYCEENS BIJOUTIERS !

LUNDI 23…

01.01. Ce matin-là, ce lundi, on s’est levé tôt, très tôt… 01.45. Le matin.C’est l’heure héroïque de notre rendez-vous devant le lycée, parking rue des sables… En fait, il est 01.40 environ, on est dans la voiture d’Axelle sur le parking devant les ateliers, on est un peu apeurées, on voit des ombres, des choses bizarres, des bruits étranges, mais, bon, ça va, je suis là pour les protéger… Quelques minutes plus tard, on se décide enfin à sortir, bagages en main et à se diriger vers l’entrée du lycée… Certains sont déjà là. D’autres encore plus prévoyants transportent oreillers et couvertures. Tous impatients de partir dans cette aventure. Peu à peu, une excitation se fait ressentir, tout le monde arrive, sourires, fatigue, agitation… Le bus, lui aussi arrive. C’est parti, les copains ! 02.01. Direction Italia. Il est 2 heures du matin. Le bus part de Saint-Amand Montrond pour 606 kilomètres… Une pause toutes les deux heures, pour le repos du chauffeur et pour faire prendre l’air aux passagers ! La nuit continue. 02.05. Autoroute A71, c’est parti ! On roule, on roule… je m’endors, je me réveille, c’est la grosse fatigue… Ça défile toute la nuit, Montluçon, Clermont-Ferrand, Saint-Etienne, Lyon, Chambéry, les Alpes… Il fait jour depuis un bon moment, les paysages sont magnifiques…  Puis le tunnel à Fréjus, la frontière italienne, et puis Susa…

10.04. Un grand soleil, et Turin, Torino, capitale italienne de l’automobile… et c’est justement là que tout le monde descend pour une première découverte du design célèbre « Mauto »… plus connu sous le nom de Museo nazionale dell’ Automobile di Torino ! On prend déjà plein de photos et on va en prendre plein les yeux ! Une architecture incontournable, au 40 Corso Unita d’Italia… Un lieu sacré dans le domaine de l’automobile… qui nous présente, à travers plus de 30 salles, par ordre chronologique de conception tous les modèles possibles depuis les diligences et calèches jusqu’aux véhicules les plus récents… Mais nous, c’est la dimension design qui nous intéresse, la marque de la modernité et l’esprit design dans les collections et les prototypes des constructeurs italiens, des pièces de voitures revisitées et devenues des objets du quotidien, des fauteuils d’automobiles comme mobilier de salle à manger, une carrosserie de voiture devenue un véritable lit… des inventions de génie sorties tout droit des ateliers turinois Fiat, et aussi de chez les labels les plus prestigieux, Ferrari, Bugatti, Maserati…12.05. Parc Valentino. Superbe parc et tout près du musée. Charmant, on déjeune tranquillement… une bande de joyeux lurons, et Pierre qui entame un premier morceau de guitare… Incroyable ! Une ballade rapide dans le parc, un café sur terrasse, serré, bien serré, le café expresso italien ! On passe à nouveau à travers le parc Valentino, là où Claude l’écureuil a failli chiper le portable d’Emma ! Le bus nous attend, vaguement stationné autour d’un rond point… Et, ici, la police circule en Alfa Romeo ! Grande classe ! 13.44. Turin, c’est aussi le symbole de l’architecture industrielle, d’une modernité signée entre autre, par l’architecte italien Renzo Piano, et nous sommes dans le quartier du Lingotto. Ballade architecturale ponctuée par les explications artistiques de notre professeur d’histoire de l’art… On s’imprègne peu à peu des premières découvertes de cette modernité italienne, et de premières idées émergent pour nos futurs projets de réalisation… 15.12. Il nous reste 107 kilomètres lorsque nous repartons de Turin.

17.03. Valenza, nous sommes arrivés. Quelque part, entre Milan et Turin, près de la ville d’Alessandria. Nos partenaires européens nous accueillent. Ici l’école de bijouterie se nomme Istituto Benvenuto Cellini, du nom du célèbre orfèvre de la Renaissance, et la ville de Valenza est depuis plus d’un siècle un centre traditionnel majeur pour la bijouterie et les lapidaires en Italie. L’hôtel se trouve dans la campagne à quelques kilomètres de là, près des thermes de Montevalenza. Un lieu magique, avec un parc immense, une terrasse somptueuse, des terrains de sport et même un zoo !!! 17.18. Le temps de se répartir dans les chambres. 19.12. Réunion de projet en terrasse… Alessandro Montaldi, le professeur coordinateur du projet européen à l’institut Isa Cellini de Valenza est venu avec le directeur de l’école, Paolo Repetto… Première rencontre avec nos partenaires, et organisation de la semaine autour du design et de la modernité italienne… 20.04. Dîner, à l’italienne, et ça commence par les pâtes à la carbonara…

 

tbma.italie.01alundi 23 septembre, Turin, devant le musée de l’automobile…

MARDI 24…

07.15. Réveil difficile, mais tellement heureux d’être là ! 08.00. Petit-déjeuner, made in Italy à l’hôtel… Top départ. Nous avons 30 minutes ! 08.32. On embarque dans le bus. Départ pour la capitale du Design, Milan. Une centaine de kilomètres. Une équipe de lycéens italiens de notre école partenaire nous rejoint et nous accompagne toute la journée. On nous donne un questionnaire comme trame et repérage des sites et découvertes incontournables de la journée…

10.11. A Milan, le temple de Memphis s’appelle « Triennale Design Museum » ! Le bâtiment est très beau. C’est le musée du Design en Europe, et aussi le lieu des salons professionnels pour le mobilier et les designers. C’est là que notre inspiration s’active, entre objets familiers et œuvres plus insolites, pour se projeter chacun une première idée du bijou design que nous allons concevoir… Le musée est formidable, incroyable, et les collections permanentes sont étonnantes, plein d’objets quotidiens, industriels et modernes s’offrent à nous, avec un air de déjà vu dans nos cours d’histoire de l’art, mais une posture complètement originale, des chaises en fils, des fauteuils en forme de gants de base-ball, il y en a pour tous les goûts ! Insolite… On découvre le canapé main de Lonazzi réalisé en 1971, et aussi des œuvres reconnues de Ettore Sottsass, Michèle De Lucchi, Giovanni Levanti… les plus grands… La photo de groupe franco-italienne devant le musée. Incontournable ! 12.04. L’heure du déjeuner. Un nouveau parc près du musée… 13.07. Le bus s’engouffre dans le centre de Milan… et c’est une sacrée erreur… Les rues sont étroites, les quartiers en travaux et en rénovation, la circulation est dense, le GPS du bus totalement perdu, nous sommes bloqués !… et nous avons bien failli rester définitivement coincés dans ce dédale de ruelles milanaises ! 14.01. Enfin. Piazza del Duomo. Face à nous, s’élance la grande cathédrale de Milan. Majestueuse et impressionnantes. De style gothique, elle est aussi surnommée « le hérisson de marbre ». Au sommet, une statue dorée, la « Madoninna » surveille la ville… Et, à l’intérieur, un parcours « modernité » s’impose, mais cette fois ci, de la période médiévale à la Renaissance italienne, un Saint-Barthélemy qui fait frissonné, décharné, dépecé littéralement, sa peau sur l’épaule portée comme une écharpe… Et puis, deux cercueils vitrifiés renfermant des cardinaux momifiés, ornés de masques d’argent et portant des bagues d’abbés, énormes et impressionnantes…

14.44. Tout près du Duomo, un lieu magique, un des musées les plus représentatifs de la modernité à Milan, le Museo del Novecento, musée du 20ème siècle ! Un reportage « modernité » autour de trois courants artistiques représentatifs des évolutions d’avant-garde italienne et milanaise : Les futuristes italiens, avec beaucoup de toiles de Boccioni, Balla, Depero, ou encore Carlo Carra… L’art cinétique avec des œuvres étonnantes et ludiques de Murani ou Bollani… et enfin, au dernier étage également, l’Arte Povera représenté entre autres par Luciano Fabro… Parfois on aime, parfois on reste perplexes ! ou complètement étonnés comme devant l’œuvre de Manzoni, petit boîte de conserve, avec étiquette « Merda d’Artista » !. 16.02. Milan est vraiment magnifique. Fin de parcours, autour de la Piazza San Babilo, où les plus grands joailliers, Bulgari, Cartier, Damiani, Gucci, Buccellati, Sabbadini, Api Gioielli, Faraone, Pennisi, Archenti, Chimento, Carabelli… et les stylistes de la Via Montenapoleone, F.Rosseti, Vuitton, Armani, Gucci, Prada, Versace, Dior, Valentino, Ysl, Salvatore Ferragamo, ou bien Via della Spiga comme Dolce Gabbana ou Roberto Cavalli, Via Sant’Andrea avec Kenzo, Ferre, et Chanel… cohabitent avec les designers, là où tous les grands labels du design sont représentés, Alessi, Cassina, Da Driade, Dilmos, Giorgetti, Cappellini ou encore Kartell ! Avec Pauline, Anaïs et Axelle, on passe d’une rue à l’autre, on se croirait à Fort Boyard mais en plus classe, les yeux brillent de mille feux ! 18.18. Retour dans le bus… Sortie de Milan… Tous un peu épuisés. 20.00. A l’hôtel, un super dîner… et une réunion briefing sur la journée du lendemain…

 tbma.italie.02amardi 24 septembre, Milan, devant la Triennale, le Musée du design…

MERCREDI 25…

07.15. Petit-déjeuner matinal. 08.00. Nous sommes à Valenza. Une ville italienne très particulière, là où nos partenaires européens nous accueillent. Nous sommes entre Milan et Turin, près de la ville d’Alessandria. Ici l’école de bijouterie se nomme Istituto Benvenuto Cellini, du nom du célèbre orfèvre de la Renaissance, et la ville de Valenza est depuis plus d’un siècle un centre traditionnel majeur pour la bijouterie et les lapidaires en Italie. 08.12. Dans l’école Benvenuto Cellini, nous terminons nos croquis, et le temps de l’expérimentation va commencer. Nous avons choisi de réaliser nos bijoux design en résine. Nous commençons donc par fabriquer des moules en plastiline à partir des formes et des motifs repérés dans les objets et les textiles du design Memphis. Nous préparons les inclusions, et nous coulons la résine dans les moules. Puis après deux heures de séchage, nous pouvons inclure les matériaux préparés, et couler une nouvelle couche de résine… Ce sont des prototypes, les résultats d’une première expérimentation. 12.04. Déjeuner, centre ville de Valenza, sous une terrasse abritée…

tbma.italie.032amercredi 25 septembre, Valenza, dans l’école partenaire italienne Escola Benvenuto Cellini, pour le lancement du projet technique en résine…

14.30. Valenza, c’est vraiment la cité des bijoutiers… une des cités historiques des orfèvres italiens… et nul autre que l’ancien président de la Société des Orfèvres, l’Associazione Orafa Valenzana,Germano Buzzi n’est apte pour nous raconter l’histoire fascinante de la bijouterie et la situation économique actuelle de la ville… « Une ville qui ne possède aucun gisement d’or, ni des pierres précieuses dans le sous-sol, mais qui est parvenue depuis 1850 à devenir l’un des centres économiques pour la bijouterie les plus importants d’Italie ! Ici, en effet, tout le monde travaille l’or et les pierres précieuses ! Et quand dans l’histoire de la ville, on recherche l’origine et les causes de ce développement, on s’aperçoit que c’est lié au génie des hommes, car ce sont les hommes qui font l’histoire et l’économie… Dans le cas de Valenza, c’est surtout le génie d’un homme vers 1850 qui a fait dériver la ville vers ce centre très important pour les pierres et la bijouterie… A cette époque, à Valenza, comme dans l’ensemble du monde occidental, il y avait une petite boutique d’orfèvrerie, et le seigneur qui possédait de l’or et des pierres faisait appel à cet artisan pour se faire fabriquer des bagues et autres bijoux. Dans la boutique de l’orfèvre, il y avait aussi un jeune artisan d’une vingtaine d’années qui s’appelait Morosetti et qui connaissait déjà très bien son métier. Morosetti comprit qu’en ce milieu du 19ème siècle, le monde était en train de changer, que quelque chose allait arriver… Alors, il partit faire des voyages, il alla travailler à Turin chez un autre orfèvre, puis à Florence, ensuite il entreprit un long voyage pour l’époque jusqu’à Paris ! Et là, à Paris, vers 1860, il travaille dans la maison Vobourgex, un orfèvre très important au service de la haute noblesse. Ce personnage de Valenza se fit appeler Melchiorre Vincenzo. A Paris, vers 1860, c’est une période importante pour l’évolution de notre métier, nous sommes dans la seconde révolution industrielle, et les produits de l’orfèvrerie sont en train de changer, avec la naissance de la bourgeoisie… Le bijou devient un produit de mode que l’on montre dans les premières vitrines des magasins. Melchior travaille ainsi une dizaine d’années, avec une grande qualité et une intelligence remarquable face aux changements du monde… En 1870, il doit s’enfuir de Paris à cause de la révolution ! Il passe par Londres, et revient en Italie. A Valenza, il fonde une fabrique de bijoux, qui en très peu de temps devient l’une des plus importantes du pays, avec 250 employés en 1880 ! Suite à une période économique très difficile, la maison Melchiorre connaît une crise très grave… mais un deuxième événement extraordinaire arrive ! La maison Melchiorre doit arrêter la production, mais tous les ouvriers ne peuvent pas changer de métier, alors ils forment environ une centaine de petites entreprises dans la ville pour travailler, et cela subsistera jusqu’après la seconde guerre mondiale ! C’est ainsi que le développement du secteur du bijou est né à Valenza, et c’est même un peu grâce à la France ! » Germano Buzzi connaît cette histoire par cœur et la raconte avec une précision d’historien et une passion de l’homme du pays. Et, quand on poursuit la discussion avec lui sur la situation actuelle de la bijouterie en Italie et en Europe, Germano Buzzi n’hésite pas à nous affirmer qu’il faut absolument changer l’image actuelle de la bijouterie, qu’il faut innover sans relâche, qu’il faut certes conserver les matériaux traditionnels comme les métaux et les pierres, mais les combiner avec d’autres, plus novateurs, le platine, le tissus, les plastiques…

16.30. Retour dans le parc de l’hôtel… il est l’heure de la grande rencontre sportive, un match franco-italien de beach volley ! L’équipe italienne est déjà arrivée, on les sens très motivés, très physiques, très pros… Ca promet ! On a beau encourager nos coéquipiers, c’est quand même les Italiens qui dominent, qui mènent le jeu, et qui nous adressent une défaite flagrante… Nous sommes nuls, complètement nuls… Victoire italienne sans hésitation ! 19.01. Sur la terrasse de l’hôtel, nous attendons notre invité du soir… Pier Luigi Caligaris est architecte, historien d’art et enseignant… Il est en particulier spécialiste du mouvement Memphis et du design italien… L’intervention dure une heure, et nous découvrons l’histoire chronologique et les particularités du Groupe Memphis à travers les aventures artistiques de son créateur, le designer italien Ettore Sottsass…20.08. L’heure de dîner. Des vrais raviolis, à l’italienne ! Nous devenons adeptes convaincus de ces repas italiens…

 tbma.italie.033amercredi 25 septembre, Valenza, match de volley-ball franco italien, avec l’école partenaire Istituto Benvenuto Cellini…

JEUDI 26…

08.00. Petit-déjeuner à l’hôtel de Valenza, et nous partons pour l’université ! 08.31. Le bus jusqu’à Alessandria, c’est là dans cette capitale de la province, que l’université de Turin a installé un département polytechnique ! 09.04. 30 minutes plus tard…Université de Turin… On se retrouve dans une grande salle, le département polytechnique d’Alessandria… Le centre universitaire s’appelle « Politecnico »… Nous sommes accueillis par le Professeur Marco Actis, directeur du département… Il nous présente à travers une conférence en anglais les derniers procédés de micro fusion et de moulage de la résine adapté au domaine professionnel du bijou… Nous allons savoir si l’industrie du bijou utilise aujourd’hui la technique séduisante que nous avons expérimentée hier à l’école de Valenza… Ici, c’est un lieu expérimental pour la recherche en joaillerie. C’est aussi un département universitaire où les nouvelles technologies sont au service des entreprises de la région, qui n’hésitent pas à demander de l’aide pour trouver des solutions techniques à leurs problèmes. Régulièrement, l’université a pour mission de tester les produits des compagnies, afin d’évaluer leur résistance, leurs propriétés et leur qualité. Là encore, le discours sur la bijouterie du Professeur Marcos est sans équivoque : « Quand on pense joaillerie, on pense tout d’abord aux anciennes techniques, aux métaux précieux comme l’or, mais la joaillerie contemporaine emploie de plus en plus de nouveaux matériaux, de nouvelles technologies, de nouvelles techniques… » Plusieurs conférences et démonstrations techniques vont nous présenter les aspects les plus avancés de la recherche appliquée aux procédés de fonte à cire perdue, de prototypage et de micro-fusion. Des nouvelles technologies qui peuvent tout aussi bien revisiter des techniques ancestrales comme le filigrane par exemple, et en développer des aspects complètement novateurs… Une assistante du professeur Actis nous explique : « Traditionnellement, le diamètre minimal que l’on pouvait utiliser manuellement pour travailler le filigrane était de 0,25 mm… Aujourd’hui, avec une technologie adaptée, on parvient à travailler du fil d’un diamètre minimal de 0,12 mm ! Quelque chose d’inimaginable il y a quelques années encore ! et les recherches actuelles se dirigent vers des objectifs pour passer en dessous du seuil de 0,1 mm de diamètre ! » L’intérêt est multiple, grâce à ce faible diamètre, les bijoux peuvent être beaucoup plus esthétiques, et moins lourds, donc moins onéreux à la fabrication… Bien sûr, on peut craindre qu’avec une telle légèreté, le bijou perde en solidité. Pas du tout, en parallèle à ces travaux, les chercheurs ont mis au point des traitements chimiques pour augmenter la résistance des métaux. Il s’agit d’une véritable technologie de pointe, aussi précise que performante, d’ailleurs on se met à l’utiliser également dans le domaine médical et chirurgical ! Les universitaires nous font visiter leurs laboratoires et leurs installations. Une autre technique très ancienne qu’ils ont remise à jour avec l’appui technologique, la granulation… Une expérimentation actuelle sur la découpe au laser… Un laboratoire entier consacré à la fonte à cire perdue, technique utilisée depuis l’Egypte ancienne et qu’on retrouve aujourd’hui aussi bien en bijouterie qu’en mécanique ou en horlogerie, là où il est nécessaire de produire de petits éléments en séries… Nous assistons à quelques démonstrations adaptées aux procédés prototypage…

10.32. Nous rencontrons maintenant Ilaria Forno, doctorante en bijouterie (oui, oui, ça existe ici !), qui nous présente, en anglais également le processus pour passer d’un bijou virtuel (sur ordinateur) à un bijou réel, et quelles sont les avantages de cette étape informatique : « Grâce au modèle virtuel, vous pouvez vendre un produit avant même qu’il soit fabriqué ! », explique Ilaria. « Par cette technologie, il est possible aussi d’essayer des bijoux virtuellement grâce à un capteur et une caméra… D’un point de vue technique, on peut ainsi analyser des caractéristiques comme la fusion, la résistance, la solidité, et chercher des solutions sans prendre le risque de détériorer la pièce ! Il suffit d’introduire une copie virtuelle du bijou doté des mêmes caractéristiques, puis de procéder à des simulations très réalistes ! Le programme peut par exemple mesurer la température d’un objet, lorsque qu’apparaissent des tâches de couleur, c’est signe d’un problème ! » Ilaria est objective sur ces nouveaux procédés, elle admet que le système n’est pas encore totalement parfait, car il n’appréhende pas encore les défauts du métal ou des outils ! Cependant, les incidences de cette technologie sont énormes. Par ce moyen technologique, on peut aller jusqu’à reproduire un objet virtuel en objet réel ! Cela s’appelle la photopolymérisation, c’est-à-dire, la transformation d’une résine liquide en un matériau polymère insoluble sous l’irradiation d’une source lumineuse ! La machine construit ainsi l’objet par strates, étage par étage, et avec ce procédé, on peut réaliser des pièces très complexes et très précises. En bijouterie, on l’utilise aujourd’hui pour fabriquer des bijoux en séries. On produit ainsi faire par ce procédé 24 bagues par heure !

12.03. Gavés de nouvelles technologies, nous cherchons l’endroit idéal pour piqueniquer dans les jardins du Politecnico ! On a trouvé. Une armée de moustiques viennent de nous confirmer, c’est un excellent endroit ! 14.35. Le bus nous raccompagne à Valenza. Zone industrielle. La compagnie Damiani, l’une des plus grandes entreprises de bijouterie du Nord de l’Italie nous ouvre des portes, des portes habituellement très fermées, dans cet atelier de fabrication très confidentiel ! Intéressant de voir comment une telle entreprise utilise les nouvelles technologies au service des créations de joaillerie. Le patron lui-même nous accueille et nous présente en anglais et en français un historique prestigieux de sa compagnie. Etage après étage, on nous propose une visite complète des lieux. Nous découvrons toutes les étapes de fabrication, tout le circuit de production depuis les prototypes informatisés, jusqu’aux bijoux terminés, en phase de polissage. Les employés travaillent avec une précision extrême sur les cires, ils peaufinent des pièces fabuleuses, et prennent le temps de nous expliquer chaque étape !D’autres, parmi nous, sont accueillis en centre ville dans l’entreprise « Bigbag Gioielli », là-aussi, grande compagnie de joaillerie, professionnalisme et esprit de création impressionnants ! Un immeuble très discret… Ici, c’est Lorenzo, le fils de Lidia G., l’une des collègues de l’école Isa Cellini, qui nous accompagne et qui est notre traducteur… 16.02. C’était convenu. Une visite sérieuse s’impose chez « Mario Di Maio Spa », c’est une sorte de caverne d’Ali Baba pour lycéens bijoutiers, un grossiste qui vend tout l’outillage et l’équipement possible pour la bijouterie et les métiers connexes, de la lime jusqu’aux machines les plus conséquentes !On profite des derniers moments de la journée dans la ville de Valenza, le temps de prendre une dernière pizza, de faire les boutiques, de goûter une glace, la petite boutique autour de la place centrale, vous savez… Un petit shooting de photos avec Pierre et Linda, et plein d’émotions encore… Anaïs et d’autres anciens stagiaires européens partis l’année dernière avec Leonardo profitent de la fin de journée pour rendre une visite à leur entreprise, leur ancien de lieu de stage…19.03. L’hôtel. La préparation des valises. Un rituel. Des années d’internat, alors, à l’hôtel, c’est pareil, on s’y prend la veille, et c’est interminable ! 19.29. Dernier dîner à l’hôtel, sympa, soirée, carnets de bord, un premier bilan du projet avec les partenaires italiens, rigolades avec les filles, ensuite… euh ! C’est déjà l’heure de dormir !

tbma.04ajeudi 26 septembre, l’équipe reçue à l’université polytechnique d’Alessandria, travaux avec le professeur Marco Arcis sur la conception et  réalisation de fontes en cire perdue…

VENDREDI 27…

07.30. C’est le dernier jour ici. Un petit déjeuner à l’hôtel, déjà un peu nostalgique… 08.02. Top départ… Mais avant de nous embarquer pour Turin et le retour au pays… passage obligé à l’école Cellini, pour récupérer nos créations en résine qui sèchent depuis 24 heures maintenant… 08.11. Là, c’est vraiment parti, une centaine de kilomètres pour retrouver Turin…

10.01. Nous y sommes. En plein dans le cœur historique de Turin. La Mole Antonelliana. C’est l’œuvre de l’architecte Alessandro Antonelli. Le Musée National du Cinéma. Incontournable quand on évoque la modernité. D’ailleurs, c’est bien ici, à Turin qu’est né le cinéma italien… et c’est ici que s’est développé le septième art… avant que Mussolini pendant la seconde guerre mondiale, décide de déplacer les studios à Rome dans les locaux tout neufs de Cinecitta ! Aujourd’hui, le Musée du Cinéma rayonne à Turin, dans une architecture hors norme, avec 3 200 m2 d’espaces d’exposition sur cinq étages ! C’est sans nul doute le plus grand d’Europe ! On commence la visite par l’histoire du cinéma, les premiers moyens de communications par l’image avec les ombres chinoises et les théâtres d’ombres apparus dans la seconde moitié du 19ème siècle… Puis, on découvre les… anamorphoses catoptriques ! On perçoit au départ un dessin que l’on ne comprend pas trop, sans signification apparente… Et derrière ce dessin, est placé un miroir cylindrique où il se reflète… et se dessine alors sur le miroir un motif, personnage ou animal de façon très claire ! Dans les salles suivantes, sont exposées des pièces très rares, des lanternes magiques mises à notre disposition. Le principe est proche de celui du théâtre d’ombres : Ce sont des boîtes à l’intérieur desquelles on peut voir des images créées par une source de lumière et le reflet sur la plaque de verre. Sur chaque plaque de verre, des dessins sont gravés qui racontent des histoires… Peu à peu, on commence également à entrevoir les toutes premières caméras, les appareils photos qui ont lancé le septième art… le daguerréotype du Français Louis-Jacques-Mandé Daguerre en 1839, le premier cinématographe des Frères Louis et Auguste Lumière en 1896… La visite se poursuit au second étage par les débuts de l’industrie du film. C’est le début des grands studios comme Metro-Goldwyn-Mayer, le studio hollywoodien des années 1900. Puis, on présente les grands producteurs comme Dino de Laurentiis, à qui nous devons le premier King Kong par exemple… D’autres visages bien connus apparaissent, Marilyn Monroe, Jean Gabin, Marlene Dietrich…

Au centre de cet édifice monumental, le plus impressionnant est certainement la salle du Temple, un véritable atrium ! Une gigantesque salle avec des écrans géants, des fauteuils comme dans une salle de cinéma mais sur lesquels on s’allonge, et au centre, un ascenseur de verre panoramique qui grimpe en 59 secondes au sommet de la Mole avec une vue imprenable sur la ville… Turin à 380° ! Dans cette espace, tout autour, des niches et des salles présentent tous les genres de films, l’absurde, l’horreur, le fantastique, l’animation, la science-fiction, les mélodrames, les comédies musicales, etc… La tête dans les nuages, nous ressortons de cette expérience unique. La modernité est bien là également, dans l’origine et l’évolution sans limite du cinéma !

16.03. Il est déjà tard quand nous ressortons de ce temple du cinéma. Le temps de déjeuner dans un parc de la ville… et le bus… pour 606 kilomètres… oui, on sait que nous passerons une partie de la nuit dans le bus… Séquence jeu télévisé, au micro, notre prof d’arts appliqués annonce les vainqueurs du concours d’histoire de l’art, Lola reçoit un livre sur le musée du cinéma de Turin, Celia un clap de metteur en scène, et Anaïs un mug estampillé lui aussi d’un symbole cinématographique ! 17.06. On roule, on roule, la ville de Susa, on traverse le tunnel du Fréjus, on passe la frontière italienne… Grand silence. Dans le bus, tout le monde reprend son portable ! Et puis, Chambéry… les kilomètres défilent… 20.04. L’autoroute, quelque part autour de Lyon… un restau pour tenir la suite du trajet… Saint-Etienne, Clermont-Ferrand, Montluçon, l’autoroute A71 encore et toujours… 00.01. Saint-Amand, le retour. Come back, le lycée, le parking, rue des sables… Nous sommes dans la nuit du samedi au dimanche, et tout est très calme… De beaux souvenirs… Plein les yeux, vraiment et sincèrement, si c’était possible de le refaire, on serait tous partants immédiatement ! Merci !

…Notre projet s’est ensuite poursuivi en France. Les croquis et dessins produits en Arts Appliqués ont permis dans les cours de génie mécanique la fabrication de prototypes en 3D pour chaque bijou. Réalisés ensuite en argent par le procédé de fonte à cire perdue, chaque pièce présente un module dans lequel fut coulée la résine et où ont été ajoutées les inclusions… Les bijoux design ainsi réalisés ont représenté notre école à l’exposition européenne itinérante 2014, dans le cadre du projet de partenariat Comenius « Ceci n’est pas un bijou ! ». La totalité des bijoux design réalisés par les Terminales ont été présentés au Musée de la Cité de l’Or de Saint-Amand Montrond, en février et mars 2014… et nos carnets de voyage ont permis de vous livrer cette édition du journal lycée, faire partager cette histoire de modernité italienne !

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reportage et carnets de voyage, Margot Barse, Fiona Bertin, Anaïs Caillaud, Marie-Michèle Camesety, Marion Capelas, Jean-Baptiste Carat, Geoffrey Dana, Axelle Dargot, Hélène Dez, Chloé Didillon, Lucie Esnault, Frédéric Fradet, Justine Frimaudeau, Marion Herment, Romane Jacquemard, Camille Jorion, Guillaume Jovenel, Emmanuelle Lavalette, Juliette Lecomte, Anaïs Leger, Adeline Legrand, Elodie Lehoux, Paul Lerat, Romane Mallet, Serena Marchais, Laurence Martin, Johanna Massolin, Pierre Minoli, Tiffany Moreau, Lola Navel, Valentin Paratcha, Celia Peltre, Marine Perraudin, Alice Pouzet, Pauline Ricois, Pauline Rimaudière, Loup Roux, Emma Salcedo, Justine Tessaro, Lou Vedraine, Amélie Vial, et Linda Zwaenepoel.

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