LE TSUNAMI
DEUX ANS PLUS TARD


Janvier 2005, quelques jours après l’effroyable tsunami qui ravage plusieurs pays d’Asie, l’équipe du Mur s’associait aux pharmaciens de PHI « Pharmacie Humanitaire Internationale » pour soutenir leur action au Sri Lanka… Près de deux ans plus tard, rencontre avec Jean-Marc Merle, président de PHI, qui rentre de plusieurs missions dans le nord-est sri-lankais… Chronique d’une mission humanitaire dans une région difficile d’accès et peu médiatisée du Sri Lanka, le village de Trincomalee, dans le Nord-Est du pays.

15 années d’histoires communes entre PSF et Le Mur… « Le partenariat et l’amitié entre PSF, le lycée Jean Guéhenno et le Mur date de 1991, puisque cette année là, l’équipe du Mur était venue nous voir, et on avait ensemble monté un projet complet… pendant toute une année scolaire, des jeunes bijoutiers comme vous étaient venus travailler à Pharmaciens sans Frontières pour préparer des médicaments, mettre en place un convoi, et nous avaient ensuite accompagnés pendant toute la mission en Pologne… Un numéro du Mur a été consacré entièrement à ce projet… Cela avait été pour eux et pour nous aussi une expérience très enrichissante… ensuite, on a travaillé ensemble depuis 15 ans, les relations ont toujours été très amicales et très constructives… En 2001, PSF est devenu Pharmacie Humanitaire Internationale, et l’année dernière suite au tsunami dans l’océan indien, une équipe du journal lycéen s’est mobilisée pour organiser une collecte en partenariat avec nous, cette collecte nous a été remise officiellement, elle a été globalisée avec tous les dons remis à notre association… » Alain Berthon, président PHI Berry.

PHI, « Pharmacie Humanitaire Internationale » est une structure fédérale, présente aujourd’hui dans 63 départements et qui intervient dans 52 pays au monde. Jean-Marc Merle est pharmacien et président de PHI « Cela fait 20 ans que notre profession et les pharmaciens sont engagés dans l’humanitaire… Après le tsunami, notre objectif fut de mettre en place un projet global, car permettre de reconstruire des vies en tant qu’humanitaire de santé, cela passe aussi par pouvoir loger, nourrir, éduquer, soigner et redonner un outil de travail aux populations sinistrées... » Les pharmaciens de PHI étaient déjà implantés au Sri Lanka, leur première mission d’évaluation les conduit au Nord-Est du pays, en zone Tamoul, dans le village de Trincomalee, là où les populations n’avaient encore reçu aucune visite des ONG, ni aucune aide.


26 décembre 2004, 9h15 le matin, au Sri Lanka. Une catastrophe. Les quelques survivants de Trincomalee, que Jean-Marc Merle et son équipe ont pu rencontrer, sont formels, la population n’a absolument pas eu le temps de quitter le bord de mer au moment du tsunami. Il y a eu deux vagues, une première de petite taille, puis la mer s’est retirée de près de 500 mètres, et ensuite, une sorte de « mur » énorme, la seconde vague. « ils ont vu ce mur se former, ils sont restés sans voix, se demandant ce qui se passait… certains déclarent avoir couru mais sans savoir ni où, ni pourquoi… » Personne n’a pu être prévenu, personne ne savait ce que cela allait donner ! Témoignage d’un petit restaurateur sri-lankais qui a survécu tout simplement parce qu’au moment de la seconde vague, il se lavait les dents dans sa cuisine, le restaurant a été détruit, il a perdu son père, sa mère, sa sœur, son beau-frère, il est ressorti de la cuisine qui était la seule pièce qui avait résisté, complètement hébété, ne comprenant pas ce qui s’était passé…

Sri Lanka. Le Sri Lanka, connu autrefois sous le nom de Ceylan, se situe dans l’océan Indien, à 50 km au sud de l’Inde. Une superficie de 65.600 km2. Une population de 19 millions d’habitants. Ce pays est victime de problèmes politiques importants pour cause d’une répartition ethnique très variée : 60% de Singhalais, 20% d’Hindous, 10% de Chrétiens et 10% de Musulmans, sachant que les deux langues officielles du pays sont le Singhalais et le Tamoul. Historiquement, les Singhalais ont commencé à s’installer entre les 3ème et 4ème siècles av. JC, puis progressivement les Tamouls, qui sont des Hindous sont arrivés suite à des problèmes ethniques qu’il y avait également en Inde… Puis, l’arrivée des Maures, des musulmans de la péninsule du Proche-Orient, qui sont très vite rapprochés et associés avec les Tamouls, et se sont regroupés dans le nord et le nord-est du Sri Lanka… Pendant très longtemps, il y a donc eu cette séparation au Sri Lanka, entre les provinces du Nord et celles du Sud-Est et des contours de la capitale Colombo. De gros affrontements ont eu lieu dans les années 1920, une répression féroce, différentes invasions par les Portugais, puis, les Hollandais, et enfin les Anglais, qui tous ont maintenu cette séparation. Le 4 février 1948, à l’indépendance du pays, les gouvernements de l’époque ont souhaité supprimer les séparations entre ces deux communautés du pays. Le conflit Tamoul a éclaté, jusqu’à son apogée en 1972, où ils ont abandonné le nom « Ceylan » pour devenir le Sri Lanka. A partir de ce moment là, le pays s’est décrété bouddhiste, et depuis 30 ans le conflit persiste entre ces deux ethnies. Le tsunami a fait 30 000 morts au Sri Lanka, mais la guerre civile en a fait 60 000 !
 

Le pays dans un état catastrophique. Quand PHI est arrivé l’année dernière au Sri Lanka dans le sud du pays, beaucoup d’ONG étaient présentes, ils décident donc d’aller s’installer dans le nord est, en zone tamoul, en zone de guerre civile. Un an après le tsunami, la zone est toujours couverte de gravats, un paysage de désolation, les gens qui vivent dans des tentes apportées par la Croix Rouge… Le port est entièrement détruit, 100 000 bateaux ont été laminés, mettant hors jeu le secteur économique de la pêche vitale pour la région… « Nous étions une équipe de 4 personnes dont deux médecins, on a commencé à travailler dans des camps de réfugiés pour soigner les blessés, qui souvent avaient été secourus dans les temples bouddhistes. Nous étions hébergés dans des tentes bouddhistes, nous étions la première ONG à venir dans cette région, tout simplement parce que, pour l’ambassade de France, nous étions en zone interdite ! » Le Guide du Routard qualifie cette région dans son guide du Sri Lanka « Région dangereuse, ne pas y aller ! » La guerre civile, ce sont des check points tous les 200 mètres, une bombe qui saute tous les jours, les Sri Lankais sont contrôlés en permanence par l’armée.


L’humanitaire côté absurde… Beaucoup de gens ont envoyé des bateaux fabriqués en Europe, de conception européenne, mais pas du tout adaptés à leur pêche, des bateaux inutiles, inutilisés, à l’abandon, qui restent sur la plage, on dit qu’il y a aujourd’hui plus de bateaux que de pêcheurs ! En évaluant vraiment les besoins sur place, on se rend compte de l’intérêt de construire les bateaux dans le pays même et de réactiver ainsi l’économie locale… « A côté de Colombo, dans des hangars de l’aéroport, nous avons trouvé des quantités de médicaments envoyés par des associations, des médicaments en train de pourrir, pas adaptés du tout aux conditions sanitaires du pays… Le Sri Lanka n’a pas besoin de médicaments, il est juste à côté de l’Inde, qui est le premier pays producteur de médicaments génériques au monde !… » De plus, les médicaments dont les notices ne sont pas dans les langues parlées couramment dans le pays sont inutilisables ! « d’autres choses invraisemblables que nous avons vu sur place, le Sri Lanka est un pays où il fait 37° la journée et 29° la nuit, certains pays ont envoyé des couvertures chauffantes ! »

Le projet de PHI a été mis en place grâce aux fonds recueillis par notre profession à travers les syndicats professionnels pharmaceutiques, le Conseil Général du Cher, et bien sûr les dons, parmi lesquels votre collecte de janvier 2005.

Ce projet dans la région nord-est du pays à Trincomalee est un projet global de solidarité, il va permettre de construire des maisons, une école et un dispensaire. La ville de Trincomalee se situe dans une baie et a été complètement détruite un peu dans tous les sens, par le tsunami et par la guerre civile. Un état de délabrement catastrophique. Il y a une haine véritable entre les deux ethnies du pays. La population garde une certaine philosophie « j’ai rencontré des gens qui ont perdu les ¾ de leur famille, et qui en parlent avec un certain détachement lié à une conception particulière de la réincarnation ! » Le gouvernement de Colombo a offert le terrain. Sur place, PHI travaille avec d’autres organisations, la Croix Rouge japonaise, les Anglais de « Care », les Allemands de « Kinder Germany », et « Saradoya » une organisation humanitaire sri-lankaise. « Il a fallu commencer par défricher ce terrain, c’était un peu la jungle, il y a des éléphants, des cobras, et on essaie de maintenir en permanence des gens sur place pour assurer la continuité des chantiers… » En novembre 2005, 10 mois après le tsunami, 10 mois passés à obtenir toutes les autorisations, la première pierre est posée. Tout un rituel. En pays bouddhiste, une cérémonie accompagne la pose d’une première pierre par le bonze vénérable, qui détermine l’heure du premier coup de pioche en fonction des conditions lunaires, des astres et des horoscopes de chacun… C’était à 14h30. Dans cette première pierre, on dépose un certain nombre de bijoux, d’épices, de grigris… La reconstruction, maintenant… Morale et matérielle, c’est tout le sens du projet global de PHI… Et sur le terrain, les pharmaciens de PHI continuent leur mission… Décembre 2006, près de deux ans après le tsunami, 20 maisons, l’école et le dispensaire sont construits.
Pendant très longtemps après le tsunami, les gens n’osaient plus aller sur les plages, ils avaient peur de la mer. Ils étaient fortement traumatisés.
 
Aujourd’hui, 80% du tourisme a disparu. Actuellement, il ne faut pas hésiter à retourner au Sri Lanka, c’est un pays magnifique, et y aller, c’est un moyen de les aider !

Autre moyen d’apporter un soutien : Avec 10 euros, on soigne une centaine de personnes en antibiotiques !

reportage et compte-rendu conférence,
Mélanie Errecarret, Dimitri Boddez, Samuel Ferrand
Carla Dos Santos et Tony Berneron.

contact : si vous souhaitez apporter une aide et un soutien à PHI,
PHI Berry, 27, avenue Sully, 18200 Saint-Amand Montrond.
internet : http://phi.220v.org